Installer Windows 11 sur Proxmox VE tient en trois décisions : créer la VM en machine q35 avec firmware OVMF (UEFI), ajouter un TPM 2.0 virtuel via swtpm, et charger les pilotes VirtIO pendant l’installation. Sans le vTPM, l’installateur refuse de continuer ; sans les pilotes VirtIO, la VM fonctionne mais son disque et son réseau restent en émulation lente. Ce guide suppose Proxmox VE 9.2 (sorti le 21 mai 2026) ou plus récent, et une ISO Windows 11 25H2 ou 26H2.
Ce qu’il faut prévoir avant de commencer
Windows 11 impose des prérequis que la VM doit reproduire fidèlement : un module TPM 2.0, un démarrage sécurisé (Secure Boot), 4 Go de RAM minimum, 64 Go de stockage et un processeur supporté. Sous Proxmox VE, tout cela se résout côté configuration virtuelle — aucun composant physique particulier n’est nécessaire sur l’hôte.
Le point de vigilance principal en octobre 2026 est le choix de la version. La fin de support de la 24H2 pour les éditions Home et Pro est tombée le 13 octobre 2026 : ces éditions ne reçoivent plus de correctifs. Partez sur une ISO récente et vérifiez la date de support avant de déployer en production.
| Élément | Version recommandée | Date de référence |
|---|---|---|
| Proxmox VE | 9.2 (ou supérieur) | Sorti le 21 mai 2026, base Debian 13.5 |
| Proxmox VE 8 | Fin de vie | 31 août 2026, hors support |
| Windows 11 26H2 | Version actuelle | Build 26300, fin 2026 |
| Windows 11 25H2 | Version supportée | Sortie le 30 septembre 2025 (build 26200) |
| Windows 11 24H2 | Home/Pro hors support | Fin de support le 13 octobre 2026 |
| Windows 11 24H2 | Enterprise/Éducation supportées | Jusqu’en octobre 2027 |
| Pilotes VirtIO | virtio-win 0.1.302 (testé par Proxmox) | Statut au 10 septembre 2026 |
Si votre hôte tourne encore sous Proxmox VE 8, la mise à jour vers la branche 9 est un préalable : la version 8 ne reçoit plus de correctifs depuis le 31 août 2026. Le contexte général de la plateforme est détaillé dans notre article sur l’état de l’art de Proxmox VE en 2026.
Télécharger l’ISO Windows et les pilotes VirtIO
Il faut deux images ISO avant de créer la VM.
La première est l’image d’installation de Windows 11. Deux sources légitimes :
- le Microsoft Evaluation Center, qui fournit une ISO Windows 11 Enterprise en évaluation de 90 jours, sans clé demandée à l’installation — idéale pour un lab ou une recette ;
- le Media Creation Tool ou les pages de téléchargement Microsoft pour une ISO Home ou Pro, à activer ensuite avec une licence valide.
La seconde est l’ISO des pilotes virtio-win. Proxmox maintient une page dédiée aux pilotes Windows VirtIO et teste actuellement la version 0.1.302 (au 10 septembre 2026) ; la série 0.1.285 est celle qui a largement circulé au premier semestre 2026. Téléchargez le fichier ISO complet, pas les paquets isolés : l’installateur Windows le montera comme un second CD-ROM pour trouver ses pilotes de stockage et de réseau.
Téléversez les deux ISO vers le stockage de l’hôte (onglet Stockage du nœud, section ISO), ou placez-les directement dans le répertoire du stockage concerné.
Créer la VM : q35, OVMF et TPM 2.0 virtuel
L’assistant de création de VM propose des valeurs génériques qu’il faut corriger pour Windows 11. Les choix déterminants :
- Machine :
q35(chipset PCIe, iCH9), pas la machine héritéei440fx. - BIOS :
OVMF (UEFI), avec un disque EFI créé pour stocker les variables de démarrage. - Contrôleur SCSI :
VirtIO SCSI single, avec émulation SSD etdiscardsi le stockage sous-jacent le gère. - Carte réseau : modèle
VirtIO (paravirtualisé). - Processeur : type
hostsi la VM reste sur cet hôte ; socket et cœurs selon la charge prévue.
Une fois la VM créée, ouvrez sa configuration matérielle et ajoutez le module qui manque à l’assistant : Ajouter → TPM State, en version 2.0. Proxmox VE l’implémente avec swtpm, un émulateur de TPM qui tourne dans un processus dédié sur l’hôte et stocke son état dans un fichier par VM. C’est ce composant qui satisfait l’exigence « TPM 2.0 » de Windows 11 — l’hôte lui-même n’a besoin d’aucun TPM physique. Le wiki Proxmox « Windows 11 guest best practices » documente cette séquence exacte.
À ce stade, la configuration matérielle est conforme. Si vous prévoyez de répliquer ce poste à l’identique, la logique de standardisation par template décrite dans notre article sur les templates cloud-init et le déploiement de VM s’applique aussi aux invités Windows, avec sysprep en lieu et place de cloud-init.
Installer Windows et injecter les pilotes VirtIO
Démarrez la VM sur l’ISO Windows. L’installateur reconnaît le disque seulement si le pilote de stockage VirtIO est fourni au moment du choix du disque :
- Arrivé à l’écran de sélection du disque, où aucun disque n’apparaît, cliquez sur « Charger un pilote ».
- Parcourez le second CD-ROM (l’ISO virtio-win) jusqu’au dossier du pilote de stockage :
vioscsipour un contrôleur VirtIO SCSI, en choisissant le sous-dossier correspondant à votre version de Windows (amd64 pour Windows 11 64 bits). - Une fois le disque visible, poursuivez l’installation normalement.
Après le premier démarrage sur disque, ouvrez le gestionnaire de périphériques : l’adaptateur réseau affiche encore un avertissement. Mettez à jour son pilote en pointant vers le dossier NetKVM de la même ISO virtio-win. Terminez par l’installation du service d’invité QEMU Guest Agent (dossier guest-agent de l’ISO) : sans lui, Proxmox ne remonte ni l’adresse IP de la VM ni son état proprement, ce qui bloque toute supervision sérieuse.
Pour un poste de travail graphique, l’affichage par défaut convient à l’administration, mais l’usage quotidien passe mieux par le bureau à distance ou SPICE. Les besoins graphiques lourds (CAO, jeux, montage) relèvent d’une autre architecture : le passthrough GPU et PCIe sous Proxmox VE expose les prérequis matériels, les groupes IOMMU et les limites de migration.
Activer Windows 11 : éditions, licences et évaluation 90 jours
L’activation est le point où les projets de lab dérapent le plus souvent. Trois situations distinctes :
- Test ou recette : l’ISO Enterprise du Evaluation Center fonctionne 90 jours sans clé. Elle convient parfaitement à un homelab, à condition d’accepter la réinstallation ou la réarmation périodique.
- Poste individuel : une clé de détail se lie au compte Microsoft. Noter que l’édition Home impose une connexion Internet et un compte Microsoft lors de la première configuration, ce que l’édition Enterprise évaluation contourne.
- Parc d’entreprise : les licences en volume s’activent via KMS ou via les services d’activation Azure, une fois la VM rattachée à l’annuaire de l’organisation.
Ce qui ne fonctionne pas durablement : les solutions d’activation « grises » ou les contournements de conformité matérielle. Outre le risque légal, une VM non activée se verrouille progressivement (filigrane, restrictions de personnalisation) et les mises à jour cumulatives restent bloquées au-delà de certaines versions. Dans un environnement professionnel, la question de l’homogénéité des postes virtuels se pose aussi au moment du choix d’hyperviseur — notre comparatif des hyperviseurs 2026 détaille où se situe Proxmox VE face à ESXi et Hyper-V sur ce terrain.
Optimiser une VM Windows 11 sous Proxmox VE
Une fois l’activation réglée, quelques réglages rendent la VM nettement plus vive :
- Type de CPU
host: expose les jeux d’instructions réels du processeur ; indispensable pour les charges qui exploitent AES-NI ou les extensions de virtualisation imbriquée. À éviter si la VM doit migrer vers un hôte au CPU différent. - Ballooning : à activer avec une valeur minimale raisonnable pour rendre la mémoire inutilisée à l’hôte, mais pas sur une VM de production sensible aux pics.
discard=onsur le disque VirtIO : propage le TRIM de l’invité vers le stockage, sous réserve du piège documenté plus bas.- Snapshots avant chaque changement : un snapshot Proxmox est quasi instantané sur stockage local et offre un retour arrière propre, tant que le disque n’est pas en cache=writeback sans sauvegarde.
Ces réglages complètent les fondations d’un environnement de travail fiable. Pour un contexte de lab personnel complet — réseau, stockage, sauvegardes — notre guide de construction d’un homelab pose le cadre dans lequel ce type de VM prend tout son sens.
Les pièges documentés en 2026
Trois écueils reviennent régulièrement sur ce type de déploiement.
Le TRIM VirtIO-SCSI cassé depuis mai 2026. Depuis le correctif KB5089549 du 12 mai 2026, le TRIM émis depuis un invité Windows 11 équipé du pilote virtio-win échoue et laisse un événement d’erreur de défragmentation (ID 26), en particulier quand le stockage derrière est ZFS. Le problème est suivi publiquement dans le dépôt des pilotes kvm-guest-drivers-windows. En attendant un correctif, prévoyez la récupération d’espace au niveau du stockage plutôt que depuis l’invité.
L’oubli du disque EFI. Un passage de la VM en OVMF sans créer le disque EFI débouche sur un poste qui ne démarre plus après la première phase d’installation. L’assistant le crée normalement ; une VM importée ou convertie doit être vérifiée à la main.
Les snapshots et le vTPM. Le fichier d’état du TPM virtuel voyage avec les snapshots. Une restauration revient bien à l’état du module tel qu’il était au moment du snapshot, ce qui est le comportement attendu — mais il faut le savoir avant de restaurer un snapshot ancien sur une machine dont le TPM a « avancé » (attestation, chiffrement lié au TPM).
En résumé
Windows 11 sur Proxmox VE n’a rien d’exotique en 2026 : machine q35, firmware OVMF, TPM 2.0 virtuel swtpm et pilotes VirtIO chargés à l’installation couvrent la totalité des exigences. Le reste est de l’exploitation classique : choisir une version encore supportée, activer proprement, installer le QEMU Guest Agent et surveiller les régressions de pilotes documentées. Pour le choix plus large de l’hyperviseur et le dimensionnement du lab, les guides de fond du site prolongent celui-ci.
